Mirage sur le Larzac, 1er février 2026
-Je vais voir un lac sur le Larzac.
-Un lac sur un causse ? Tu te moques de moi !
-Non, non, je dis bien un lac.
-N’importe quoi, le soleil t’a tapé sur la tête !
Non ce n’est pas un mirage, nous allons voir un lac sur le Causse du Larzac. Il n’est pas indiqué sur les cartes IGN car c’est un phénomène temporaire, irrégulier et exceptionnel. Situé à 4km à l’Ouest du Caylar dans l’Hérault, ce lac s’est reformé cette année en raison des pluies incessantes.

Il apparaît dans une zone de calcaires dolomitiques ruiniformes. Il couvrirait environ une dizaine d’hectares suivant son niveau et pourrait atteindre la profondeur d’une dizaine de mètres en certains points. Je n’ai pas plongé pour l’affirmer, mais les piquets de clôtures étaient bien immergés sous la surface, à ses abords.



Le lac des Rives, du nom de la commune où il se situe, est connu pour apparaître de façon épisodique. En novembre 1963, le lac mesurait 1250m du Nord au sud et a perduré 1 an. En 1956 l’eau est restée 6 mois. En 1933, d’après la rumeur, il aurait stagné pendant 3 ans ! Les amphibiens et les canards devaient être contents.
Années de formation du lac : 2026-2023-2014-2004-1997-1996-1987-1985-1978-1977-1969-1963-1956-1933

Sa formation n’est pas due à une remontée d’une nappe phréatique mais à l’accumulation des eaux de ruissellement conjuguée au colmatage des failles parcourant la cuvette. Le sable dolomitique mélangé à l’argile boucherait ces failles certaines années permettant la retenue des eaux. Le jour de notre visite, nous avons pu constater que l’eau arrivait du sud du lac par la prairie inondée.


Dans le Nord du lac, l’ambiance est particulière car c’est la partie la plus ruiniforme et rappelle en beaucoup, beaucoup plus petit des paysages de la baie d’Halong au Vietnam.

Ce phénomène attire énormément de visiteurs, comme nous. Avec les réseaux sociaux, le lac est devenu une star et la promenade privilégiée de l’Hérault et des départements voisins, provoquant des embouteillages sur la petite route qui amène au site.

A l’entrée aménagée dans la clôture pour atteindre le site, un moment est érigé à la mémoire de deux pilotes de chasse américains qui ont perdu la vie dans le crash de leurs deux avions en 1944. L’histoire ne dit pas si ils observaient le lac quand ils se sont percutés. Les avions étaient des Mustang P51.

Jean-Luc Desbords


