oiseaux

La vie en station, 1er décembre 2025

Beau temps annoncé, nous partons pour le mont Aigoual. Nous y trouverons certainement des Accenteurs alpins et peut-être la Niverolle des neiges (Libérée, délivrée…).

A peine sortie de la voiture, Cécile aperçoit des passereaux en vol avec beaucoup de blanc sur les ailes, sûrement des Niverolles alpines (c’est leur vrai nom) mais elles disparaissent.
La station météorologique n’est pas un château mais elle y ressemble, avec sa tour et ses créneaux.

La tour de la station météorologique de l’Aigoual

Nous montons en haut de la tour panoramique et sommes saisis, non par le froid mais par la vision. Ce ne sont pas des nuages au loin mais les chaînes enneigées des Alpes et des Pyrénées. Jamais nous n’avons vu aussi nettement ces montagnes. Au sud la mer est bien visible avec les étangs côtiers. Au lever du soleil, la vue devait être encore plus précise. D’après des randonneurs présents, ce n’est pas si souvent que le panorama soit aussi dégagé. Les sommets enneigés doivent se trouver à environ 220 km au minimum. En direction du Cantal et du Puy de Dôme, les monts du Cantal et le massif du Sancy, enneigés eux aussi sont visibles. Merci à l’anticyclone !

Au loin les Alpes
Aucune idée du nom de ces sommets alpins
Vers la grande bleue

Un groupe d’Accenteurs alpins se pose devant nous sur les créneaux mais disparaît aussitôt, nous finirons bien par les retrouver.

Un montagnard en balade

Nous partons faire le tour du petit mont dénudé sous la station.
Pendant que Cécile fait une pose, deux Becs-croisés des sapins se posent dans l’ombre à contre-jour. Je tente trois photos sans avoir le temps de peaufiner les réglages et ils repartent.

Silhouette au bec caractéristique

Après bidouillage sur Photoshop, j’obtiens le résultat suivant pas très satisfaisant.

La couleur rouge de leur plumage indique que ce sont des mâles. Curieuse adaptation du bec de ces fringilles* qui leur permet de saisir les graines des cônes de conifères. Le jour où j’aurai de meilleurs clichés, je ferai un article sur cet oiseau.

Un nouveau panorama s’ouvre devant nous, la Combe rude. Les Cévennes dans toutes leurs splendeurs : succession de crêtes, de combes, de vallées où les routes ne connaissent pas la ligne droite ! Pas facile de rencontrer les voisins qui habitent de l’autre côté des sommets. On comprend la vie en autarcie des habitants des vallées cévenoles aux siècles passés.

L’appel de Grands Corbeaux résonne dans la vallée, Cécile m’indique un oiseau brillant au soleil, qui s’élève rapidement en orbes. Buse ? Non, c’est un Aigle royal. Il est déjà dans le ciel et nous le quittons car il se rapproche du soleil, de sa direction pour être plus précis.
Nous remontons vers le sommet par un chemin bordé de cépées de hêtres tortueux.

Dans un Alisier blanc, deux pinsons y mangent ses baies rouges. Un coup de jumelles et ce sont des Pinsons du Nord que nous observons. Difficile de les cadrer au milieu du fouillis de rameaux. De plus, ils sont à contre-jour.

Pinson du Nord mâle
Pinson du Nord (Fringilla montifringilla), pinson de la montagne !

Le Pinson du Nord se reproduit dans les forêts boréales de la Scandinavie à l’Est de la Sibérie. Les Pinsons du Nord ne sont donc que des visiteurs d’hiver. Dispersés dans la journée, ils peuvent se regrouper par milliers voir par millions en dortoir.
Dans nos régions, nous n’avons pas cette chance d’observer de tels regroupements. En migration, les observations de vols de plusieurs dizaines d’oiseaux sont souvent notées mais les groupes au sol aussi nombreux sont rarement rapportés.
Toute la France est concernée par l’arrivée de ces hivernants. Les oiseaux capturés pendant des séances de baguage en France proviennent essentiellement de Fennoscandie (Scandinavie, Finlande, Carélie, péninsule de Kola).

Revenus à la station, nous piqueniquons en attendant le retour des accenteurs et surtout des niverolles. Le Grand Corbeau fait des allers-retours devant nous.

Grand Corbeau, montage

Les accenteurs reviennent et repartent mais sont toujours peu farouches.

Nouvelle arrivée avec les niverolles qui se perchent en haut de la tour.

La Niverolle qui se prend pour une gargouille

Je n’ai pas fini mon repas mais je pars à leur recherche et je les retrouve sur un espace dégagé.

Niverolle alpine (Montifringilla nivalis), son nom indique qu’elle fut autrefois rattachée à la famille des Fringilles

Elles repartent et se posent dans la bruyère où elles disparaissent.
Un accenteur vient capturer un lombric, première fois que j’observe cette scène.

Une niverolle sort de la bruyère.

Les oiseaux repartent et moi je retourne à mon pique-nique. Je retrouve les accenteurs et les niverolles près de Cécile.

Sûrement un oiseau de l’année au vu de l’absence de petites tâches noires à la gorge

En plumage nuptial, les niverolles portent une bavette noire et le bec est noir. L’hiver le bec est orangé et la bavette paraît gris clair car les plumes ne sont pas encore usées. Les jeunes de l’année n’ont pas de bavette et le bec est orangé.

Que peut-elle trouver dans ces cailloux !

Les Niverolles alpines font partie de la famille des Passéridés (comme les moineaux), ce sont des oiseaux d’altitude mais pas forcément nordiques. Elles sont absentes de la Scandinavie.
Certaines niverolles quittent les chaînes de montagnes trop enneigées pour partir sur des sommets moins élevés. En France, c’est en Occitanie (Mont Aigoual 48-30, Massif de l’Espinouse 34, montagne Noire 11, Mont St Baudille 34, montagne d’Hortus 34) et en Auvergne (Monts du Cantal 15, Massif du Sancy 63, Mont Mézenc 42) que l’on retrouve principalement ces migrateurs hivernants. Dans l’Hérault les altitudes des lieux fréquentés sont inférieures à 1000m.
En étudiant les données de niverolles sur l’Aigoual, on constate que ces oiseaux sont de passage, ils peuvent séjourner quelques jours mais n’hivernent pas vraiment sur place. Il est vrai que les cycles de fort enneigement suivi par une fonte rapide ne stabilisent pas ces migrateurs hivernants.
Les monts du Jura ne paraissent pas fréquentés, trop boisés sans doute. Dans le massif des Vosges, les seules observations datent du début printemps 2025 (période du 01/09/20 au 06/12/25). La migration s’effectue donc surtout sur un axe des Alpes aux Pyrénées. Voir la carte suivante.
Une étude par analyse d’isotopes, montrent que 98% des hivernants des Pyrénées espagnoles et 86% des hivernants des monts Cantabriques sont d’origine alpine. L’origine des niverolles observées sur l’Aigoual serait dont alpine et non pyrénéenne.

Répartition des observations de Niverolles alpines du 01/09/20 au 06/12/25
Les points entourés de bleu indiquent leur absence au moment de l’observation

Les cartes suivantes montrent une stratégie de dispersion différente pour l’Accenteur alpin et le Tichodrome échelette en comparaison avec la niverolle.

Répartition des observations d’Accenteurs alpins entre le 01/09/20 et le 06/12/25
Les points entourés de bleu signalent leur absence au moment de l’observation

Les points cerclés de bleu suggèrent que pas mal d’observateurs guettent avec impatience la venue du tichodrome en migration. Ce sont peut-être des endroits où l’oiseau a déjà été observé par le passé. Le temps viendra !

Répartition des observations de Tichodromes échelettes entre le 01/09/20 et le 06/12/25
Les points entourés de bleu signalent leur absence au moment de l’observation

Nous observons un Epervier d’Europe qui s’élève des flancs de l’Aigoual, en quelques instants il survole la station météo, puis pique dans une accélération fulgurante vers nos accenteurs et niverolles, en même temps nous entendons des cris d’alerte venant des passereaux. Le groupe se disperse en plongeant dans les conifères rabougris de la pente sud. Quelques minutes plus tard ce petit monde revient, il y a toujours les trois niverolles mais combien d’accenteurs ?

Jean-Luc Lamontagne

Les cartes sont réalisées avec la base de données du site Faune-France.
Les données sur l’hivernage et la migration des niverolles sont extraites de l’énorme ouvrage en 2 volumes « Atlas des oiseaux migrateurs de France » éditions Biotope.

Jean-Luc